[...] La porte de l'orphelinat grinça. Une forte odeur de renfermé entra dans mes poumons. Les tableaux sombres de la cage à escalier me fixaient. Je toussai pour rompre ce silence oppressant. Le froid transperça ma peau affligeant à mon corps une douleur insupportable. Je sursautai. Un murmure rauque et plaintif éteignit les chandelles du lustre en un souffle. Apeuré, je restai debout, immobile, incapable d'émettre le moindre son. La peur me tétanisait et rendait cette atmosphère pesante de vieille maison hantée encore plus inquiétante. Je déglutis péniblement et dans un effort surprenant, je parvins à me glisser jusqu'au couloir. De poussiéreuses tapisseries pourpres recouvraient le mur. Finement tissées, elles étaient ornées de moulures en bois représentant d'étranges petits anges vernis aux allures niaises et rêvasseuses. Ces monstres malicieux s'accordaient parfaitement avec le reste du mobilier arqué, tordu presque grimaçant. Un long tremblement parcourut ma colonne vertébrale et je fus pris de frissons. La lourde porte en chêne claqua au même instant.Une mince silhouette noire apparut dans l'encadrement, s'approchant dangereusement de moi, ce qui me provoqua, un sentiment étrange entre la colère et la peur. Mes muscles bouillonnaient de rage mais mon corps n'effectua pas le moindre mouvement mû par une force inexplicable qui me clouait au plancher. Ce n'était pas la première fois où la cohabitation de mes émotions avait tendance à se remettre en cause déclenchant une révolte qui me paralysait. Incapable d'obéir à l'un ou à l'autre, le combat entre mes deux identités me poussait à la haine. Je cherchai désespérément une trêve qui apaiserait cette guerre. La raison l'emporta et tout en reprenant le contrôle de moi-même, mes lèvres tremblèrent de nouveau. J'avalai une grande goulée d'air et je balbutiai : « qu-ui est là-à? ». En réponse, contrairement à toute attente, les bougies prirent feu et l'espace d'un instant, la lumière m'éblouit, éclairant ainsi les sombres ténèbres du manoir. [...]